05 octobre 2008
Bullez Moi - Bis / Mon état second
Une soirée pour ce changer les idées. Tout va bien, vraiment, mais juste pour se changer les idées. Le concept est bien connu. un apéro, deux, puis trois, puis on ne compte plus. Je comprends ce soir la raison pour laquelle les « artistes » ne parviennent pas produire quelque chose de potable dans un état « normal ». « L’étincelle » jaillit quand l'état second dicte les pensées. Cet état second permet plus exactement de rendre plus fluide ce flot de pensées. Mon état second aujourd’hui, ou plutôt devrais dire ce soir, (ou plutôt devrais je dire cette nuit) n’est autre que la résultante de cette soirée sans doute trop arrosée qui me conduit a devoir rentrer chez moi en évitant de saluer les panneaux de signalisation. Pourtant, j’ai évité les bulles. Dure est la tâche : il faut retrouver l'appart' !
Une cigarette en guise de lampe torche, ma mission consiste à poursuivre cet étrange individu. Ce dernier n’est autre que mon ombre, censée me ramener jusque chez moi, car ses facultés vont au delà de celle d’un GPS. Douée d'une conscience hors norme, je la suis, je la poursuis, car elle fuit. Elle court, et moi je suis essoufflé, toujours à cause de cette consommation de cigarettes qui encombre mes poumons, vous me suivez toujours ? Vous avez peut être perdu votre ombre. La moindre bourrasque de vent me fait sursauter, comme s’il s’agissait d’un assaillant prêt à m’égorger sur place pour me dérober quelque sous, ou une cigarette. Eh oui, encore celle là. Mais je ne pourrai plus avancer sans cette ombre, sans ce vent qui m’aide à traîner cette carcasse. Les arbres dessinent des personnages, le ciel est narquois, il s’amuse de moi et les cris des habitants de cette ville qu’est la mienne me déboussolent plus qu’autre chose. Il serait facile de suivre ces panneaux de signalisation, si j’avais un tant soit peu suffisamment de conscience, et de faculté visuelle ; Mais mes sens me font défaut ce soir. Alors je suis mon ombre.
Quand enfin, j’arrive, je ne sais par quel miracle, face à l’entrée de mon appartement, et que le conditionnement journalier me permet d’effectuer le code d’entrée, je passe la porte, avec un soupir de soulagement. Soulagé de pouvoir rallumer une cigarette, encore une, cette fois ci sans le souci de devoir rejeter la clémente invitation d’un cher inconnu de me faire dérober d’une cigarette. Encore celle là. Je me trouve face à cet escalier, qui semble, du haut de mon état second, plus inaccessible que d’ordinaire. Heureusement, état second m’aide, me propulse en haut de ce troisième étage plus vite que ne l’aurait fait tout ascenseur digne et respectable, et me voilà virevoltant et titubant face à ma porte d’entrée, jonglant avec les différentes clés que porte ce trousseau que j’ai eu tant de peine à pouvoir retrouver dans ma seule et unique poche. L’obstacle dépassé, le lit me fait face. Il m’appelle. Je lui souris. Mon ombre n’est plus là. Et pourtant, j’avance. Foutu conditionnement. C’était une soirée pour se changer les idées. C’était une bonne soirée. Mon état second et moi pouvons en témoigner.
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