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20 avril 2008

Dans ma boite noire

Foutu journal. Enfin journal, … agenda. Tout était scrupuleusement gardé. Secret, pour moi. Des dates, oui, la logique veut que dans chaque agenda qui se respecte il y ait des dates. Seulement certaines sont entourées. Une façon d’immortaliser un moment, un jour, un événement, qui aujourd’hui, après bien des années ne réfère à…absolument rien. Ce petit agenda, je l’ai traîné des années durant. Il a du faire le tour de la France. Il a connu mes déménagements successifs/excessifs. Des pages sont cornées, mais là encore, pas de signes, pas d’annotations. Qu’est ce que je pouvais bien avoir dans la tête pour croire que je serai à même, 4/5 ans plus tard, de me souvenir exactement, au détail près, de la raison pour laquelle cette page est restée vierge. Voilà une vie. Enfin une bride. Aujourd’hui j’ai ouvert de nouveau ce petit carnet comme on pourrait déterrer une boite à souvenirs enfouie sous la terre il y a de ça trop longtemps.

 

Dans cette chambre actuelle où ce carnet n’a brillé que de part son obsolescence, ma propre présence me dérange, tellement ce que j’y lis me parait lointain, déplacé, étranger à moi-même. C’est presque une découverte. Ce carnet n’était pas un journal intime, tout n’y figure pas. C’est du gruyère à l’état pur. De quoi faire une bonne intrigue pour une future série TV tant le suspense est grand, tant les réponses sont possibles. Des brides de rêve ont laissé leurs traces. Traumatisé à l’évidence par ces cauchemars qui, telle une fiction, se reproduisaient et avaient une telle continuité d’une nuit sur l’autre qu’elle en devenait malsaine. (Soyons d’accord, d’une pluie de Knacky qui vous submerge, en passant par une fourmilière de piles energizer vous poursuivant jusqu’à vous électrocuter, pour terminer par un vieux papy sans yeux qui se concentre pour provoquer, par la seule force de sa pensée, l’effondrement du parquet sur lequel vous vous êtes retrouvé (après la noyage et l’électrocution, vous me suivez toujours ?? tout ça au beau milieu d’une baraque sordide où se côtoient les pièces de différentes habitations toujours familières….bref, tout ça n’a aucun sens…).

 

Il est frappant de voir que les histoires se reproduisaient. Les personnages étaient différents. Le lieu également, parfois. Ces personnes, avec le recul, n’ont jamais été amenées à se rencontrer dans la vie réelle. Le script, lui, demeurait inchangé. Comme si le fait de grandir, d’avoir rencontré d’autres personnes, n’avait pas eu d’impact puisque finalement, le rideau tombait toujours de la même façon. Un script identique, les protagonistes, différents, sauf moi, qui, toujours de la partie, fini toujours en bon tué.

 

L’amnésique passager que je suis ne comprend toujours pas comment subconscient et conscient travaillaient main dans la main, et que certains détails se retrouvent aujourd’hui déchiquetés à travers ces pages, au beau milieu d’un carnet, sans table des matières, sans conclusion. Pourquoi ce carnet. Pourquoi ces rêves ? Pourquoi avoir arrêter d’écrire. Ces pages n’ont de valeur que le temps qui a passé finalement. Aujourd’hui je n’écris plus rien, enfin pas sur ce mille feuilles qui n’a même pas le luxe d’être en chocolat alors que mon estomac crie famine. Je perds les détails. A peine le temps d’aller pisser le matin que mes rêves sont déjà enfouis. J’aimerai bien ouvrir ma boite noire. Je me pose trop de question sur le cerveau. Peut être que le mien fonctionne mal après tout. Nonnn, je vous remercie, pas de psy, nonononnn. Juste une bonne nuit de sommeil pour remettre un esprit en vrac, secoué par le charabiat de son idiote adolescence, et demain, je serai prêt. J’aurai peut être même le temps de repasser ma chemise (correctement). J’irai au boulot. Je n’aurai plus le temps d’écrire, et je n’aurai par conséquent plus le temps de me poser des questions qui n’ont semblent il pour seule réponse qu’un carambolage d’idées décousues et dénuées de sens.  La nuit porte conseil, même à ceux qui font toujours ce genre de cauchemar.

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