17 février 2008
POR FAVOR, BULLEZ MOI
La Collègue « 1 » s’en va en congés maternité, elle revient chercher son pull. Une autre collègue (2) l’interpelle en lui faisant remarquer qu’il n’est nul besoin d’embarquer toute la lingerie laissée en lieu et place de son ancien bureau, dans le sens ou de toute façon, au point où elle en est (X kilos de plus autour de la taille), elle ne rentre plus dans sa veste…(pas tord…). Personne n’a remarqué ce jour le là un détail…
Le fait que mon frangin plaisante autour du fait qu’en cas de grosse faim et qu’en cas de subite pénurie alimentaire mondiale, on pourrait faire rôtir mon chien, rajoutant une deuxième couche (« ceux qui aiment la cervelle seront déçus !! »)… signe carnivore ? Mais est ce là encore un code, un détail ? Après tout, certains se font bien du pied sous la table, des clins d’œil qui la plupart du temps n’échappent à personne…Mais qu’en est-il de ces détails qui semblent échapper à la prise de conscience des convives ?
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J’ai un problème avec mes hémisphères. Le courant ne passe pas bien entre les deux. Comme j’exclue d’office le fait qu’il puisse tout simplement en manquer un…je vais tout simplement présupposer qu’il manque des connexions.
Je retiens des détails qui présentent la particularité d’être tout aussi anodins qu’ils sont ridicules. Je pourrai profiter d’une soirée agréable. Mais je me souviendrai qu’un tel s’est curé le nez de façon moins discrète qu’il ne le pensait, qu’une autre avait des cernes plus prononcées sous l’œil gauche que sous l’œil droit. La fouine que je suis se met subitement à scruter la trajectoire délurée des bulles de champagne au cours d’une autre soirée. Les bulles, enfin libérées de cette bouteille suite à la désolidarisation de ce maudit bouchon, bouchon qui, une fois de plus, a encore failli atterrir sur le coin de la tronche, et le tout pour un détail qui tranche la conversation et laisse planer un vide. Une sorte de succession de « points suspendus », mais verbale, qui flotterait, invisible, mais palpable. Les bulles de champagne sont plus affolées, plus enivrées, plus fines, et plus rapides à remonter à la surface quand le verre est plein que lorsque le verre ne contient plus que quelques gorgées. Quand je pense qu’à 4 ans je faisais le tour de la table de la salle à manger après un repas familial pour récurer les fonds de verres et qu’il m’aura fallu 20 ans de plus pour saisir ce subtil détail relatifs aux bulles, détail dont tout le monde se fou… Mais voilà. Ce soir là, celui des dernières bulles en question, je me suis dit que la vie d’une bulle n’était pas si mal. Une seule destination pour plusieurs trajectoires (Une bulle ne peut pas descendre. Mes connaissances en matière physico-chimiques demeurent bien trop limitées pour développer plus amplement, mais ca apparait comme étant une évidence). Honteux d’accorder tant d’importance à ces foutues bulles, on recentre la vision sur le contenant et non plus sur le contenu. La paroi du verre renvoi le reflet de la main qui s’empare du dit verre et qui tente de saisir la vie de toutes ses bulles. Stupéfaction. Cette main gauche est-elle la mienne ? Ces veines qui s’entrecroisent en ce point bien précis sont bien les miennes…
Les gens normalement constitués, n’ayant aucune prédisposition suicidaire ni aucun antécédent maniaco-dépressif ne devraient pas regarder leur main de cette façon là. Pourtant ce croisement de veines est là. Surprenant à mes yeux. Comme autant des gens qui se croisent et qui s’entrecroisent de nouveaux au cours d’une vie, qui se cabossent et qui se fondent parfois…. Nous menons notre petite vie de bulle. Avec cette dose d’incertitude qu’est la trajectoire parfois scabreuse pour finalement arriver on ne sait trop où… la destination n’est parait elle pas si importante. Le chemin, lui, l’est.
Alors j’avoue que mes absences ont parfois la fâcheuse tendance à instaurer tel un vide au sein d’une conversation, et qu’elles confèrent à cette dernière un soudain revêtement de « futile ». Il faut bien reconnaitre que surprendre le maladroit, peu pudique, en train de se curer le piff de façon peu pudique et constater une dissymétrie flagrante dans le marquage des cernes d’une autre n’a pas grande incidence dans la vie quotidienne. Mais je me surprends moi-même à utiliser ces « autres petits détails » tel un calque pour ma propre vie. Et pour expliquer des choses, des actes, des mots, qui ont, au sens commun, plus de consistance. Quitte à vivre dans la mienne (de bulle), je vais garder ces petits rien de petits détails, pour moi, bonne fouine que je suis. J'ai un problème avec mes hémisphères, alors, por favor, BULLEZ MOI.
00:25 Publié dans Jerem think's | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


